On distingue les causes fondamentales, les causes spécifiques à chacune des étapes du projet et les facteurs aggravants.

Les causes fondamentales résultent de l’absence et/ou de l’inefficacité de l’organisation globale de gestion des risques opérationnels. A savoir :

  1. Organisation globale de gestion des risques opérationnels absence et/ou inopérantes
  2. Méthodologie de gestion des risques opérationnels absente et/ou inopérante
  3. Processus de contrôle et de validation de la gestion des risques opérationnels et du déroulement du projet absents et/ou inopérants
  4. Procédures de reporting périodique absentes et/ou inopérantes
  5. Actions correctives en cas de dérive (management, opération) absentes et/ou inopérantes

Ces causes fondamentales sont (relativement) simples à éviter par la mise en place d’une organisation et de process.

Des raisons plus spécifiques et plus insidieuses peuvent accroître le risque d’échec au niveau de chaque étape du projet (cf. liste non exhaustive ci-dessous).

Etapes

Causes des Problèmes

Sélection

Faible implication et/ou intérêt des utilisateurs finaux du fait des contraintes de production

Choix d’un système trop éloigné du RFP impliquant une liste de gaps trop importante

Choix d’un système n’ayant pas de track-record significatif dans le segment de marché du client

Choix d’un système conçu, développé et commercialisé par un challenger et non un leader du marché (en particulier, sur un marché en stagnation)

Spécification

Faible implication et/ou intérêt des experts « métiers » du fait des contraintes de production

Incapacité des consultants à rédiger des business requirements exhaustifs et cohérents du fait des problèmes en amont et/ou de leur méconnaissance des problématiques métiers du client

Incapacité des ingénieurs de R&D (Editeurs) à rédiger des functional specifications exhaustives et cohérentes du fait des problèmes en amont et/ou de leur méconnaissance des problématiques métiers du client

Développement

Incapacité des ingénieurs de R&D (Editeurs) à rédiger des technical specifications exhaustives et cohérentes du fait des problèmes en amont

Absence de méthodologie de développement et/ou méthodologie peu/pas appliquée dans les faits

Absence de programme de formation et/ou de documentations techniques pour les partenaires extérieurs ou les nouveaux « entrants » participants au développement

Absence d’étude d’impact préalable des développements envisagés (gaps) sur la cohérence technique, architecturale et fonctionnelle du produit existant

Implémentation

Faible assiduité et/ou intérêt des utilisateurs finaux aux formations du fait des contraintes de production

Recours à des consultants externes ayant peu/pas d’expérience sur la version et/ou le produit et/ou l’éditeur de logiciels (hommes, culture, process)

Incapacité des consultants à rédiger des « implémentation & intégration guidelines » exhaustives et cohérentes du fait des problèmes en amont

Priorités différentes entre le client (être « live » avec le produit) et l’éditeur (avoir « livré » le produit) exacerbées si l’éditeur ne participe pas directement au projet

Production

Incapacité des consultants à rédiger des « procédures de gestion et de test (en double systèmes)» exhaustives et cohérentes du fait des problèmes en amont

Procédures de gestion et de test (en double systèmes) peu ou pas respectées du fait des contraintes de productions ou des problèmes en amont

Enfin, un certain nombre de facteurs contribuent à augmenter les risques d’échec sur un projet :

  • Etendue du projet (mesurable en nombre de gaps, en nombre d’utilisateurs ou en nombre de partenaires parties prenantes du projet). Lorsque les projets sont très complexes il est impératif de « casser » la complexité en modularisant le projet et en réalisant une analyse cohérente et exhaustive des « connexions » entre les sous-projets.
  • Faible expérience du management et des ressources impliquées dans le projet. Le recours à des ressources ayant peu ou pas d’expérience sur des postes « opérationnels » ou « techniques » peut dans certain cas se justifier[3]. Par contre, dupliquer cette « stratégie » au niveau des postes de types « expert » ou « manager » est plus nettement plus problématique.
  • Choix d’une technologie de rupture par rapport au système d’information existant. Il s’agit ici d’un débat essentiel entre les tenants d’une approche « intégration de systèmes » et les tenants d’une approche « système intégré tout-en-un » qui présentent d’ailleurs des profils « risk/return » pas forcément symétriques.

Ces risques potentiels doivent avant tout être identifiés au début du projet et faire l’objet d’un traitement prospectif à plusieurs niveaux en fonction du type de risque.

Notes

[1] P. Jorion (2001), “Value-at-Risk - The New Benchmark for Managing Financial Risk”, MacGraw-Hill

[2] D. Philips (1998), “The Software Project Manager’s Handbook – Principles that Work at Work”, IEEE Computer Society Press

[3] La réduction des coûts est probablement la justification la plus souvent avancée, c’est aussi la plus mauvaise car les effets négatifs à moyens/long termes peuvent être beaucoup plus importants que les gains à court terme. Il s’agit là d’un biais cognitif assez connu qui consiste à sur-pondérer le présent (le gain est quasi-immédiat) et la certitude (il est quasi-certain).